Jeudi 6 mars 2008
10:45
Je glisse mes clefs dans ma poche, enfouis mes écouteurs au fond de mes oreilles et descend les escalier deux à deux. Des notes fébriles de gratte s'amusent à chatouiller ma bonne humeur. Une batterie allègre et dansante. Un ridicule enthousiasme secoue mes boyaux. Les cheveux dans la brise, emportés par mon élan joyeux, ma vision s'estompe, comme un manège perdu dans le tourbillon de sa vitesse. Des échos de rires fantomatiques résonnent dans la cage d'escalier. J'interromps ma course effrénée, fait volte-face - au vide, retire un écouteur. Ma joie sautillante tourne brusquement au paroxysme de l'effroi. Rien. Pas même l'écho d'un bébé qui pleure, une porte qui claque, ou même le bruit étouffé de pieds traînant sur une moquette. Juste la rampe luisante d'une cage d'escaliers, des marches froides et des murs sobres, baignés dans une lumière jaunâtre. Un silence paradoxalement assourdissant. Emmurée, cloîtrée, emprisonnée dans mon silence. Et ma respiration s'accélère. C'est-ce moment là qu'a choisi la lumière automatique de l'immeuble pour s'éteindre. Plongée, baignée, noyée dans l'obscurité, j'ai perdu la notion de l'espace et du temps. L'obscurité totale, mes yeux fouillant les ténèbres pour trouver l'interrupteur, ou l'incarnation concrète de la solitude. Cherchant au plus profond de moi-même les mots qui correspondaient à ce sentiment étrange, qui m'enserrait le c½ur, j'ai juste réalisé que je détestais les lampes automatiques.